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En 1880, après l'amnistie accordée aux condamnés de la Commune, le premier 14 juillet fut célébré dans l'allégresse aux accents de La Marseillaise, consacrée hymne national. Grévy ne voulait pas que la République fît peur et poursuivait le ralliement des intérêts et surtout des ruraux, tenant à distance les radicaux et éloignant Gambetta du pouvoir. Ce dernier ne dirigea le ministère que de novembre 1881 à janvier 1882 sans pouvoir réaliser son rêve de gouvernement personnel et autoritaire. Sa disparition subite, à la fin de 1882, laissait un vide dans la nation. Les modérés donnèrent une vigoureuse impulsion aux travaux publics, malgré le début d'une grave crise économique (1882). Ils poursuivirent l'œuvre de rénovation de l'armée. Jules Ferry installa le protectorat en Tunisie (1881) et entreprit la conquête du Tonkin (1882). En même temps, une épuration mettait en place un personnel dévoué au régime. La légalité républicaine se définissait avec les lois sur la liberté de presse et de réunion. En 1882, chaque conseil municipal put élire le maire et ses adjoints, Paris demeurant sans mairie. Quant au droit d'association, il ne fut toujours pas instauré, le régime se méfiant des clubs et des congrégations. Toutefois, une loi de 1884 permit aux syndicats d'exister légalement, car les gouvernants désiraient se concilier cette force nouvelle.

C'est la question scolaire qui suscita les conflits politiques les plus aigus. La franc-maçonnerie, qui réunissait les républicains de tendances diverses, entendait utiliser le besoin d'instruction des classes populaires, avides d'indépendance intellectuelle et de promotion sociale, et achever la transformation de l'école primaire en service public. Donner à tous l'accès à l'instruction paraissait le moyen de résoudre la «question sociale». Enfin, l'Église restant au service des conservateurs, assurer la laïcité de l'école publique était le moyen de combattre son influence.

Á l'initiative de Jules Ferry, l'école primaire publique devint gratuite, obligatoire et laïque (1881-1882), l'enseignement libre subsistant cependant. Une loi de 1886 assura la laïcisation progressive du personnel enseignant. Dès 1880, un enseignement secondaire public pour les filles était créé. La rivalité de l'instituteur et du curé allait se perpétuer tout au long de la troisième République. Mais si la droite et la gauche se définissaient par rapport à leur attitude à l'égard de la question scolaire et religieuse, l'éclat des querelles masquait souvent des compromis. Le divorce fut réintroduit avec difficulté en 1884 dans la législation. Battus aux élections, les conservateurs n'en gardaient pas moins une clientèle nombreuse: autorités sociales, catholiques, paysans. Or, les républicains, vainqueurs, accentuèrent leurs divisions. Les modérés, «républicains de gouvernement» que les radicaux baptisèrent «opportunistes», entendaient sérier mais aussi limiter les réformes. Les radicaux, déjà talonnés par les socialistes, réclamaient avec Henri de Rochefort et Clemenceau le «maximum de République»: séparation de l'Église et de l'État, service militaire de courte durée, impôt sur le revenu, élection des juges, autonomie des communes et d'abord révision de la Constitution. Appuyés sur le peuple de Paris et des villes, ils exigeaient que la démocratie pénétrât la République et que le régime cessât d'être un orléanisme mis à jour. Ferry et les opportunistes estimèrent, dès 1883, que le péril était à gauche. Mais ils se trouvaient pris entre les radicaux et les conservateurs qui s'unissaient pour critiquer les dépenses et les expéditions coloniales. Ferry se borna à faire voter la révision partielle de 1884: la République devenait définitive et les sénateurs inamovibles décédés seraient remplacés par des élus. Mais Ferry devenait très impopulaire. La crise économique accumulait les ruines et les conflits sociaux.

En 1885, à propos du Tonkin, le président du Conseil fut renversé par les oppositions coalisées dans une ambiance de crise du régime. Aux élections de la même année, les conservateurs remportèrent des succès marquants. Il fallut, comme en 1877, l'union de tous les républicains pour conserver la majorité. Mais les radicaux «intransigeants», champions du révisionnisme et de la démocratie sociale, imposaient désormais leur concours aux opportunistes.

 




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Published by

Etienne DOLET

 

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