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Une tradition républicaine, minoritaire mais militante, forte dans les classes populaires des villes et dans les nouvelles couches de la bourgeoisie, s'opposait à l'idée bonapartiste plébiscitaire. Une fraction des classes dirigeantes restait fidèle à l'esprit de la monarchie constitutionnelle. L'empire libéral de 1870, jouant de la division des républicains en libéraux parlementaires et en révolutionnaires jacobins et socialisants, avait tenté de grouper sous son égide tous les partisans du parlementarisme contre la révolution. Sa disparition créait le vide politique dans la France envahie.

Le gouvernement de la Défense nationale était issu de la révolution parisienne du 4 septembre 1870. La capitale avait proclamé la République et porté au pouvoir ses députés républicains sous la présidence du général Trochu. Qu'en pensait la province? Des élections générales devaient en décider. Mais n'ayant pu conclure la paix sans annexion, le gouvernement dut ajourner les élections et poursuivre une guerre à l'issue douteuse. Le gouvernement demeurant dans Paris assiégé, Gambetta, jeune ministre de l'Intérieur, gagna en ballon Tours où une délégation du pouvoir organisait la levée en masse.

Les conservateurs voulaient la paix; à Lyon et dans le Midi, les révolutionnaires débordaient Gambetta qui réussit pourtant à organiser des armées nombreuses mais mal équipées, peu instruites, manquant de cadres. Dans Paris, le gouvernement avait donné des armes à la garde nationale, qui était ouverte à tous. C'était armer l'opposition révolutionnaire qui réclamait une municipalité élue, la Commune.

Le maréchal Bazaine, assiégé dans Metz, ne songeait qu'à négocier avec l'ennemi pour faire la paix et restaurer l'Empire. Sa capitulation (27 oct. 1870) libéra une armée allemande et rendit vains les efforts de l'armée de la Loire pour secourir Paris. L'armée du Nord, puis celle de l'Est furent aussi vaincues. Á la fin de janvier 1871, Paris affamé, bombardé, dut capituler. Quittant Tours, Gambetta s'était replié à Bordeaux. Le pays était las de la guerre et du désordre; il accepta l'armistice. Les élections pour une Assemblée nationale donnèrent une majorité considérable aux conservateurs, groupés autour de Thiers en vue de la paix, les républicains apparaissant comme le parti de la guerre. Réunie à Bordeaux, l'Assemblée nomma Thiers chef du pouvoir exécutif de la République. Ce dernier négocia une paix très dure: annexion de l'Alsace moins Belfort et d'une partie de la Lorraine, paiement de cinq milliards de francs au versement desquels serait surbordonnée l'évacuation du territoire. Le traité devait être signé à Francfort (10 mai 1871).

Âgé de 73 ans, Thiers voulait relever le pays et maintenir la République à titre provisoire - en fait, il pensait que ce provisoire deviendrait définitif. Mais la majorité de l'Assemblée, tout en détestant l'Empire, se défiait autant de la République que du Paris révolutionnaire. Ses membres souhaitaient la restauration d'une monarchie parlementaire. Ils installèrent les pouvoirs publics à Versailles et multiplièrent les mesures hostiles à l'égard de Paris en armes, qui se jugeait trahi. Contre l'Assemblée des «ruraux», Paris voulut sauver la République. La Commune fut sa riposte (18 mars-28 mai 1871). Thiers abandonna Paris aux gardes nationaux dominés par les éléments révolutionnaires. Dirigée par des éléments hétérogènes (blanquistes, jacobins, proudhoniens, membres de la Ire Internationale), la Commune ne fut pas un pouvoir socialiste au sens propre du terme, mais un gouvernement populaire et révolutionnaire, hostile à l'état politique et social représenté par «Versailles». Aboutissement d'une tradition qui remontait à la Révolution française, elle allait fonder à son tour la tradition d'une démocratie socialiste. Sa chance résidait dans l'extension de son mouvement en province. Mais Thiers, garantissant le maintien de la République aux maires des grandes villes, assura l'isolement de Paris. Reconstituant une armée avec les prisonniers libérés, il entreprit un second siège de Paris.

La guerre civile fut atroce et l'entrée des Versaillais dans la capitale mérite son nom de semaine sanglante (prisonniers exécutés par Versailles, otages fusillés par la Commune, incendie du centre de Paris, exécutions sommaires après le combat ou sur dénonciations). Puis vint la répression. Les conseils de guerre siégèrent jusqu'en 1875; Paris perdit quelque 80 000 habitants. Sous le signe de l'état de siège, la terreur règne dans les quartiers populaires. Aux victimes de l'Empire succèdent les victimes de la Commune, envoyées au bagne de la Nouvelle-Calédonie ou sur les chemins du monde. Les républicains sont divisés: les uns condamnent l'insurrection contre un pouvoir légal, les autres, déchirés entre Versailles et Paris, cherchent dans une amnistie (votée seulement en 1880) la réconciliation entre la République et le peuple de Paris. La Commune n'avait-elle pas montré l'impossibilité d'une restauration monarchique?

La répression, d'autre part, prouvait qu'une république maintenait l'ordre mieux qu'un empire. Les conservateurs n'en vécurent pas moins dans la crainte d'une nouvelle Commune qui leur semblait l'aboutissement normal de la République. Le prestige de Thiers vainqueur de la Commune devint immense après le succès des emprunts de la libération, présentés comme des plébiscites en sa faveur. Il imposa ses vues à l'Assemblée lors de l'adoption du service militaire universel qui devait fournir des effectifs comparables à ceux de l'Allemagne et lors de l'établissement de lourds impôts, l'impôt sur le revenu étant écarté au profit de la fiscalité indirecte. Président de la République depuis août 1871, Thiers se proposa dès lors de consolider le régime. Depuis juillet 1871, des républicains enlevaient presque toutes les élections partielles. Craignant une résurrection du bonapartisme, Thiers était convaincu de l'avenir d'une république qui cesserait d'être synonyme de révolution. Les royalistes étaient divisés entre légitimistes et orléanistes.

 




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Published by

Etienne DOLET

 

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