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Le comte de Chambord, petit-fils de Charles X, qui vivait en Autriche dans un exil décoratif, était un tenant du catholicisme contre-révolutionnaire: il abhorrait les principes de 1789 et se proclamait fidèle au drapeau blanc. Les orléanistes, au contraire, n'admettaient qu'une monarchie parlementaire et tricolore. Thiers méditait de les rallier aux républicains modérés dans une république conservatrice, axée sur les centres, contre les ultras du légitimisme et les nostalgiques de la Commune. Gambetta, «commis voyageur de la République», parcourait la province. Le discours de Grenoble, où il proclamait l'avènement des «couches nouvelles», scandalisa des conservateurs. La libération du territoire s'acheva en 1873. Thiers projetait la constitution d'un Sénat sur lequel il s'appuierait pour dissoudre l'Assemblée. Les droites s'unirent contre lui autour du duc Albert de Broglie. Elles opposaient à la République conservatrice (en laquelle elles ne croyaient pas) une politique de combat contre les radicaux, pour la défense sociale et l'ordre moral. Le 24 mai 1873, Thiers démissionna et fut remplacé à la présidence par le maréchal de Mac-Mahon. Albert de Broglie prenait la direction du ministère.

L'union des droites ne devait pas survivre à son succès. Broglie fut compromis par des manifestations cléricales, des pèlerinages, des pétitions. Enfin le comte de Chambord, le 27 octobre 1873, refusa d'être restauré si le drapeau blanc ne remplaçait pas le drapeau tricolore. Broglie devait donc organiser la République. Le 20 novembre 1873, la loi du septennat fixait à sept ans la durée de la présidence de Mac-Mahon. Enfin, l'Assemblée dut préparer une Constitution. L'opposition des légitimistes, les répugnances des conservateurs pour la République firent «perdre» l'année 1874. Mais un renouveau bonapartiste alerta la majorité. Le prince impérial, qui avait remplacé son père mort en janvier 1873, intéressait des électeurs lassés par l'impuissance de l'Assemblée; quelques succès inopinés des bonapartistes aux élections partielles incitèrent la majorité à conclure.

Le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon mentionnant le «président de la République», et non plus le seul Mac-Mahon, inscrivait en fait la République dans le texte des lois constitutionnelles, dont l'ensemble était voté en juillet 1875. Toujours provisoire, la République était organisée pour durer. Ayant achevé sa tâche, l'Assemblée se sépara à la fin de 1875. En réaction contre le principe plébiscitaire de l'Empire, le régime était essentiellement parlementaire. Élu pour sept ans par la Chambre des députés et le Sénat réunis en congrès, le président de la République était rééligible. Il ne pouvait gouverner sans un ministère responsable devant les Chambres et dépendait donc du Parlement, qui non seulement votait les lois mais contrôlait l'exécutif. Conformément à l'usage des monarchies constitutionnelles, le président pouvait dissoudre la Chambre, mais il lui fallait le concours du Sénat. La Chambre des députés était élue au suffrage universel. Le Sénat comprenait trois cents membres: soixante-quinze désignés à vie (les premiers furent élus par l'Assemblée nationale) et deux cent vingt-cinq élus pour neuf ans dans chaque département par un collège comprenant les députés, les conseillers généraux et d'arrondissement et un délégué de chaque conseil municipal - ce qui favorisait les campagnes jugées plus conservatrices. Le Sénat se renouvelait par tiers. L'Assemblée à majorité monarchiste avait élaboré une Constitution républicaine, très proche en fait d'une monarchie parlementaire. Les conservateurs comptaient sur le Sénat pour appuyer Mac-Mahon contre la Chambre. Aussi les radicaux, comme les royalistes, plaçaient leur espoir dans une prochaine révision constitutionnelle. Le Sénat déplaisait aux républicains. Mais les deux Assemblées en congrès pouvaient changer cette Constitution que beaucoup espéraient provisoire.

Mac-Mahon se trouva en face d'une Chambre à majorité républicaine et d'un Sénat où les conservateurs l'emportaient de peu. Le suffrage universel continuait à renforcer la gauche. Les conservateurs tentèrent un coup d'arrêt avant d'être débordés: le 16 mai 1877, Mac-Mahon renvoya le président du Conseil, Jules Simon, républicain modéré et le remplaça par Broglie. Mis en minorité par 363 voix républicaines, ce dernier fit dissoudre la Chambre. Une campagne électorale agitée s'ensuivit; Mac-Mahon prit parti, lançant dans la bataille les fonctionnaires et le clergé, alors que les républicains faisaient bloc autour de Gambetta.

Ces derniers l'emportèrent de peu. Le Sénat refusant une seconde dissolution, Broglie se retira et Mac-Mahon s'inclina, puis finit par démissionner en 1879. La République ne serait pas présidentielle. Les Chambres donnèrent pour successeur au maréchal, non pas Gambetta, incarnation de la République, mais Jules Grévy, vieux républicain dont la modération rassurait. Les républicains désormais gouvernaient la République. Grévy renonçant à la dissolution, les députés renversèrent souvent les ministères qui se reconstituaient avec les mêmes personnalités, comme Charles de Freycinet ou le Vosgien Jules Ferry. Dès 1879, le Parlement rentra à Paris.

 




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Published by

Etienne DOLET

 

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