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C'est dans ce climat qu'éclate l'affaire Dreyfus (1) Accusé d'avoir transmis à l'Allemagne des documents secrets, le capitaine  Dreyfus avait été condamné, en 1894 à la déportation en Guyane. Sa qualité de juif avait contribué à le faire accuser et son procès n’avait pas été régulier. Le soupçon de son innocence fondé sur ces irrégularités gagna bientôt des milieux influents. En janvier 1898, le romancier Emile Zola, ayant publié son manifeste J'accuse, fut condamné, mais il avait alerté l'opinion. L'Affaire ne joua pas un grand rôle lors des élections de 1898 qui laissèrent intacte la majorité de Méline; pourtant, dès le mois de juin, ses partisans se dissocièrent et le président du Conseil dut démissionner. Ses successeurs s'efforcèrent de maintenir l'idée de la culpabilité de Dreyfus. La découverte d'un faux, le suicide de son auteur, le colonel Henry (août 1898), ouvrirent une crise de régime cependant que la Cour de cassation était saisie du procès. Les « intellectuels » dreyfusards prenaient parti contre l'état-major, au nom de la justice et de la vérité. Les antidreyfusards - parmi lesquels figuraient les intellectuels conservateurs - se flattaient de défendre l'Armée, bouclier de la Patrie. Dans l'ensemble, les catholiques se prononcèrent contre Dreyfus. Mais tous les milieux, tous les partis furent divisés. Jaurès voulait entraîner les socialistes dans le camp dreyfusard, Guesde se tenait à l'écart.

Des notabilités modérées comme Raymond Poincaré ou Waldeck-Rousseau s'inquiétaient de voir l'état secoué par les  factions. à la faveur de l'Affaire, c'était le régime que les nationalistes antisémites en venaient à menacer. Le président Félix Faure, que l'on savait antidreyfusard, mourut inopinément (févr. 1899). Paul Déroulède et sa Ligue des patriotes s'agitaient. Nationalistes et royalistes conspiraient confusément avec des généraux. Ils orientèrent leur campagne contre le nouveau président, Emile Loubet, ferme républicain, sans que le ministère réagît. Des manifestations populaires leur répondirent : un rassemblement des forces républicaines se formait. L'esprit nouveau, le ralliement avaient abouti à la subversion du régime, colonisé par ses adversaires.

La situation exigeait un gouvernement exceptionnel. Waldeck-Rousseau, républicain, conservateur, grand avocat d'affaires, assuma la défense du régime, cherchant sa majorité des modérés dreyfusards aux socialistes. Pour rappeler les généraux à la discipline, il fait appel au général de Galliffet, prestigieux soldat à l'esprit indépendant, mais qui s’était signalé dans la répression de la Commune. Cela lui aliénait les socialistes.

De plus, Waldeck-Rousseau confiait le Commerce à Millerand. Un socialiste ministre, cette nouvelle alarma autant les socialistes que les « bourgeois ». Le ministère affirma son autorité. Dreyfus, condamné avec circonstances atténuantes par un second conseil de guerre, fut gracié. Les chefs nationalistes furent traduits devant le Sénat siégeant en Haute Cour de justice, tandis qu'Assomptionnistes et Jésuites étaient poursuivis. La loi de 1901 établit la liberté d'association, les congrégations demeurant seules astreintes à l'autorisation législative. Waldeck-Rousseau songeait à donner ainsi un statut au clergé régulier, resté en dehors du Concordat. Millerand accomplissait une oeuvre remarquable, amorçant un début de législation sociale, posant l'Etat en arbitre entre patrons et ouvriers. Les élections de 1902, extrêmement disputées, furent un succès pour le « Bloc républicain ». Waldeck-Rousseau, vainqueur, détenait le pouvoir depuis bientôt trois ans. Il démissionna pourtant ; sa santé fléchissait, mais il était surtout dépassé par un mouvement démocratique dont il ne partageait pas les tendances. Seule la défense républicaine l'avait mis à l'unisson de sa majorité.

Son successeur Emile Combes, militant provincial parvenu à l'ancienneté, était un anticlérical prononcé. Dirigé par la délégation des gauches, le Bloc gouverna dans un esprit  partisan. Les demandes d'autorisation des congrégations furent presque toutes repoussées, et l’enseignement interdit à leurs membres dans un délai de dix ans. En 1904, les relations diplomatiques avec le Saint-siège furent rompues, et la séparation des Eglises et de l'Etat virtuellement décidée. Combes lassa même sa majorité. Comme il avait abandonné le programme social, les socialistes, qui préparaient leur unification: renoncèrent à le soutenir. Le Grand-orient renseignait le ministère sur les officiers. Ce dernier fait, révélé, fut l'occasion d'un scandale. Combes démissionna (Jan 1905).

Tandis qu'à l'intérieur la division régnait, à l'extérieur la diplomatie française accomplissait une oeuvre considérable. Rassurée par l'alliance russe, la France poursuivait une active politique coloniale en Afrique occidentale et à Madagascar, ce qui l'opposait à l'Angleterre. Le confit devint aigu lorsque la mission Marchand venue du Congo rencontra à Fachoda l'armée de Kitchener (1898); la France céda. Théophile Delcassé venait d'accéder au Quai d'Orsay, qu'il dirigea pendant sept ans. Après la guerre des Boers, l'Angleterre, inquiète de son isolement, liquida les conflits coloniaux qui l'opposaient à la France.

Un accord de 1904 rétablissait l'Entente cordiale. La France abandonnait l’Egypte à l’influence anglaise, la Grande Bretagne  usait de réciprocité pour la France au Maroc. L'Espagne et l’Italie ayant donné leur accord, Delcassé pouvait se vanter d’avoir rendu au pays une position diplomatique enviable. Mais, l'Angleterre et la Russie s'opposant en extrême-orient, la France risquait en cas de défaite russe, de se trouver isolée devant une action allemande. (A suivre)

(1)
"Dreyfus réhabilité"ce site très complet sur l'affaire Dreyfus




 




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Published by

Etienne DOLET

 

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