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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 16:31

Nous continuons notre serie d'articles sur  Herriot et son village natal par un texte de Valérie ALANIÈCE  dans L'Est-Éclair du dimanche 26 Mars 2006. Peut être que certains y verront des redites, ou matière à contreverses mais j'ai voulu garder l'article dans sa totalité bien qu'il soit un peu long pour un blog....

Le nom d' Édouard Herriot et l'idée de République sont indissociables. Unis dans une même conception du monde, de la France, de l'homme et de la politique : celle du radicalisme.

Parcours d' un petit Glayolat* devenu l'emblème
de la IIIème Répubique.

Ils étaient nés à deux ans d'intervalle et l'histoire les a liés à jamais. Pour le mieux et le moins bon. Elle, ce fut la Troisième République, proclamée en 1870. Lui, ce fut son emblème, son symbole : Édouard Herriot, né le 5 juillet 1872, à Troyes, place de la Bonneterie (l'actuelle place Jean-Jaurès), dans le modeste deux-pièces de sa grand-mère, au deuxième étage, près de l'actuel magasin d'articles de coiffure.
Mariée à François, un lieutenant, Jeanne Herriot était restée près de sa mère pendant sa grossesse. Quand elle partit le rejoindre dans sa garnison, elle confia à sa mère la garde de son fils. Alors curé de Saint-Pouange depuis 1844, l'abbé Collon, beau-frère de la grand-mère, donc grand-oncle d'Édouard, décida de prendre en main l'éducation du petit garçon. Le deux-pièces troyen fut abandonné au profit du bien plus confortable et bucolique presbytère de Saint-Pouange, qui passait ainsi à la postérité.
« J'ai appris le latin en même temps que le français. Enfermé dans une petite chambre, devant la fenêtre qu'encadrait un antique cep de vigne, je traduisais l'histoire sainte, les légendes sacrées », relate Édouard Herriot dans «Jadis », le premier tome de ses mémoires. Une culture qui lui fut plus que bénéfique puisque, grâce à ses qualités de latiniste, il obtint la bourse lui permettant de poursuivre des études.

Homme de plume
Édouard Herriot fut un exemple vivant de l'ascension sociale promise aux bons élèves par les fondateurs de l'école publique .Étudiant à la prestigieuse École normale supérieure, agrégé de lettres, professeur de rhétorique, auteur d'une thèse consacrée à « Madame Récamier et ses amis», élu à l'Académie française en 1946 , il resta toujours attaché à la littérature ,fuyant les contraintes du pouvoir dans l'écriture: une biographie de Beethoven, une étude des lettres de Mme de Stael, un essai sur Diderot... Son art du verbe et de la plume fut surtout sa meilleure arme politique .Populaire dès 1919, il fut à partir de 1920, comme le soulignent les historiens, « un véritable mythe », « l'idole des Républicains ».À plus d'un titre. Comme élu, d'abord : maire de Lyon en 1905, député du Rhône en 1912, il le reste jusqu'en 1957, l'année de sa mort. Comme leader politique, ensuite. Édouard Herriot incarne le radicalisme triomphant, parti qu'il revivifie en 1919 par un ancrage à gauche. Comme homme d'État, enfin. Incontournable pendant l'entre deux-guerres, consulté comme un oracle jusque dans les années 1950: trois fois président du Conseil (l'équivalent de l'actuel Premier ministre), plusieurs fois ministre, président de la Chambre des députés de 1936 à 1940 date à laquelle il s'abstint de voter les pleins pouvoirs à Pétain. Son autorité survécut à la Troisième République. Sous la Quatrième, il présida l'assemblée nationale de 1947 à 1955.

Pèlerinages
Si c'est à lui seul que le parti radical dut sa grande popularité de l'entre-deux-guerres, Édouard Herriot fut loin de connaître pareil succès au plan gouvernemental. Les historiens ont tendance à vouer aux gémonies ce dirigeant d'une époque marquée par les échecs. Singulièrement pendant le « Cartel des Gauches » qu'il imagina puis présida, de 1924 à 1926. Fruit d'une alliance électorale avec les socialistes, le gouvernement radical se trouva vite en butte tant aux revendications sociales qu'au « mur de l'argent » . Le drame d'Édouard Herriot fut sans doute d'être l'emblème d'une république qui ne correspondait plus aux réalités .
Quoi qu'il en soit, avec sa carrure massive et rassurante, son côté bon vivant, son éloquence, sa "sentimentalité" -que fustigeaient ses adversaires-, avec son humanisme et son attachement aux valeurs de progrès social, de démocratie et de liberté, il a toujours pu compter sur le soutien des classes moyennes qui se reconnaissaient en lui. Ce militant de la laïcité n'en était pas moins toujours ému lorsqu'il revenait « en pèlerinage » à Saint-Pouange et qu'il retrouvait la petite église où il avait si souvent servi la messe. Le président du Conseil y retrouvait inchangé le cadre de son enfance, y reconnaissant « les étoles brodées par ma mère » .

Et demain, le presbytère ?
Le presbytère de Saint-Pouange reste, dans l’Aube, le lieu le plus imprégné du souvenir d'Édouard Herriot. Longtemps après la mort de son grand-oncle, devenu l'un des premiers personnages de d'état, il y revint en vacances ou, pour reprendre son terme, «en pèlerinage ». Renée Michiels se souvient encore des arrivées tonitruantes « d'une grosse voiture escortée de motards », tout comme elle se rappelle les visites impromptues d'Édouard Herriot à l'école de Saint-Pouange, « discutant avec l'institutrice, tapotant la joue des élèves » .
Le presbytère était devenu, comme l'église, bien communal en 1905. Saint-Pouange avait bien volontiers accédé, vers 1935, au souhait d'Édouard Herriot de racheter cette vaste bâtisse. En 1988, la municipalité la racheta à Suzanne Bérard, sa descendante, qui conserva l'usufruit d'une partie du rez-de-chaussée, le «coeur historique » de la maison, avec la chambre d'enfance d'Édouard Herriot.

Réhabilitation
Le reste du presbytère, désormais baptisé « Maison Édouard Herriot », a été progressivement aménagé en restaurant scolaire et en bibliothèque. Tout récemment, Nicole Pontarrollot, maire adjointe à l'urbanisme, a convaincu la, nièce* d'Édouard Herriot : « Mme Bérard, qui venait encore quelquefois à Saint-Pouange à accepté d'abandonner son usufruit quand je lui ai présenté notre projet ». L'initiative émane de la commission municipale Mémoire de saint-Pouange, qui devrait bientôt se constituer en association. Objectif constituer au sein de l'ancien presbytère restauré, une évocation du passé et du patrimoine des Glayolats, nom des habitants du village, qui, comme l'explique Edouard Herriot, découlerait des glaïeuls sauvages qui fleurissaient tous azimuts dans le Saint-Pouange d'autrefois. Le conseil municipal a entériné l'idée et voté le budget : le presbytère, ainsi que sa vaste et superbe grange seront réhabilités. Le projet architectural vient d'être confié à Jean-Louis Valentin. Si les vocations futures du bâtiment restent à définir, il est acquis que la mémoire du plus célèbre de ses enfants y aura sa place.


V.A . Dimanche 26 Mars 2006

*Glayolat : Nom donné aux habitants de Saint Pouange à cause des glaïeuls sauvages qui fleursissent dans la région au mois de mai

* Mme Bérard est en fait la fille d'Edouard Herriot et non pas la nièce (voir billet "Descendance d'Edouard Herriot")

 

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Published by Ami d'Edouard - dans Mémoires
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Etienne DOLET

 

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