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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 11:55
Un bel article écrit pour Libération par Marcel Degois en 1972 et utilisé en 1998 pour une exposition montée par Suzanne Bérard* à Saint Pouange, village natal d'Edouard Herriot. (Photo du presbytère évoqué dans l'article)

L'  L'ENFANT DE SAINT-POUANGE

L' attachement d'Edouard Herriot au village de son enfance était très réel. Deux ou trois fois par an, il s ' arrêtait à Saint-Pouange pour rendre visite à ses vieux amis. Anatole Gautherin, garde champêtre, promu jardinier, était averti par une ligne secrète de l' arrivée du Président.  Gamin, j' eus l' occasion, pour une raison familiale, d' assister à une de ces rencontres.
C 'était un beau soir d' été, odorant et mauve. Herriot, écrasé dans un fauteuil d'osier, ressemblait à sa caricature. Il fumait sa pipe et son regard cherchait, au-delà des arbres et des fleurs, le paysage de ses jeunes années. Derrière, se tenaient gravement les anciens , qui avaient été plus ou moins ses compagnons de jeux : Gautherin, Marcel Bernet, l'apiculteur, Arthur Jeune, le chasseur, deux ou trois femmes. La conversation n' était pas très animée. « - Y aura-t-il des fruits c' t' année ? » demandait le grand homme . « -Oh ! avec les froids de la floraison , ça m' étonnerait fort», «-Enfin, la moisson sera peut-être bonne », concluait Herriot .
Vers 1935 , le Président décida d' acheter le presbytère où il avait été élevé par son oncle. La signature de l' acte, devant le notaire de Bouilly, Me Pierre Daragon, eut lieu en plein air sur la petite place; Le matin, je crois, on avait à Troyes enterré Alexandre Israël*.
Pétrifiés d' admiration, les habitants du pays virent débarquer quelques-unes des gloires politiques du moment : Daladier, Campinchi, Chautemps, peut-être Pierre Cot... Et , bien sur, le gros Edouard. Le curé, un peu foi, avait égaré la clé . On pénétra dans la maison par la fenêtre basse. Le garde champêtre, le soir même, raconta la scène. Daladier , en furetant, découvrit dans un placard une bouteille de vieux marc. Connaisseur, il la déboucha, huma le liquide, poussa un juron... et jeta au diable la bouteille qui ne contenait qu'un affreux breuvage .
Saint-Pouange ressemblait encore au village que décrit Herriot dans « Jadis ». Il faut lire ces pages, dont la souple cadence évoque Chateaubriand . « En de si nombreux séjours , je ne me suis jamais écarté de mon Saint-Pouange au-delà de quelques kilomètres. Une couronne de pins, sur une colline au dessin nerveux, vers l'ouest, m'apparaissait comme une forêt magique. Cette campagne, ou abondaient les friches, m' enchantait. Une rivière qui frissonne entre les saules, le vent qui fait vibrer sa harpe sur la plaine, la grâce brusque d' une mésange, un petit nid feutré de laine et d' herbe sèche, les roulades éperdues d' un rossignol, le lierre terrestre aux yeux bleus, un marais irisé par le soleil couchant, l' élan d' un insecte cuirassé d' or, voilà de quoi satisfaire un enfant qui , jour par jour, découvre la beauté du monde ».
Enfant de Saint-Pouange Edouard Herriot mérite d' être compté parmi les écrivains de Champagne .

 Marcel Degois ( Libération Champagne du 8 juillet 1972)

* Suzanne Berard doit être sauf erreur de ma part la fille d'Edouard Herriot
* Alexandre Israël, 1868 -1937, homme politique radical, ministre d'Herriot,Sénateur et Député de l'Aube

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Published by Ami d'Edouard - dans Mémoires
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